L'architecture kiribatienne naît d'une contrainte simple, la rareté des matériaux sur des atolls qui ne portent guère que le cocotier, le pandanus et quelques arbres à pain. Le corail, le bois de cocotier et la feuille tressée fournissent presque tout. De cette économie de moyens sont nés des bâtiments d'une grande justesse, au premier rang desquels la maison commune.
Le maneaba occupe le centre du village et sert de salle d'assemblée, de tribunal coutumier et de lieu de fête. Sa forme varie peu, un vaste toit à deux pentes très basses posé sur des rangées de piliers, sans mur. Chaque famille dispose d'une place assignée le long du pourtour, le boti, qui fixe son rang et son droit de parole. Le Parlement national porte d'ailleurs le nom de Maneaba ni Maungatabu.
Des blocs de calcaire corallien taillés forment les piliers, souvent complétés par des troncs de cocotier. La charpente associe des bois locaux assemblés sans clou par des ligatures de fibre de coco tressée. Le toit reçoit des milliers de tuiles de feuilles de pandanus cousues sur des baguettes et posées en couches serrées. Son bord descend très bas, ce qui oblige chacun à se courber en entrant et rappelle le respect dû au lieu. La construction mobilise le village entier et la couverture se renouvelle après une quinzaine d'années.
La maison familiale se réduit à une plateforme de bois surélevée sur de courts pilotis, couverte du même toit de pandanus et ouverte sur les quatre côtés. Ce plancher surélevé écarte l'humidité et les submersions et sert à la fois de séjour et de couchage. Des nattes déroulées la nuit tiennent lieu de literie et la cuisine se fait dans un abri séparé.
Sur Tarawa-Sud, le parpaing et la tôle ondulée dominent désormais, pour des raisons de coût et de durabilité. Ces logements chauffent beaucoup plus que les maisons traditionnelles et supposent une ventilation que peu de familles peuvent s'offrir. Les maneaba récents mêlent souvent piliers de béton et toiture métallique.
L'altitude du pays dépasse rarement deux mètres, ce qui expose directement le bâti aux marées de vive-eau et aux submersions. Les familles reculent leurs maisons, surélèvent les planchers et dressent des murets de corail ou de sacs de sable. L'érosion et la salinisation des sols fragilisent les fondations et emportent régulièrement des habitations proches du rivage.